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Il m'arrive de parler politique ... ce site est donc déconseillé aux mineurs

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1968 = MAI

J’étais encore petit lorsque éclatèrent les « évènements » de mai 68.

Chez les gaullistes on appelait événement tout ce qui dérangeait vraiment. Il y avait eu les "événements d'Algérie" et puis il y avait eu les "événements de mai 68" Il faut croire que c'était important.

 

J'avais trouvé çà génial, "mai 68". Mes parents étaient partis à l’étranger et ma sœur et moi étions sous la surveillance de nos grands parents paternels qui en avaient vu d’autres mais qui étaient un peu inquiets tout de même. Ma grand-mère, retraitée des PTT, n’avait jamais fait grève de sa vie. Elle exigeait naturellement que j’aille au lycée quoi qu’il arrive.

 

A Corneille, les grands faisaient le piquet pour nous empêcher d'entrer et puis il y avait des réunions improvisées à la porte du lycée avec quelques profs qui déliraient sévère sur le mode autogestionnaire. Une franche rigolade.

 

Je me souviens d’une ambiance particulière. Les politiques étaient complètement dépassés. Mitterrand qui s'était ridiculisé en disant qu’il était prêt à prendre la place. Et puis le Général, en pleine déroute était parti voir Massu - le délire !

 

Celui que je trouvais vraiment comique, c'était Dany le rouge avec son look pas possible de rouquin espiègle narguant le képi. Quoi qu’on en dise autour de moi, j’avais une énorme sympathie pour lui et je partageais une bonne partie des idées qui s’écrivaient sur les murs de Paris : «sous les pavés, la plage » ou encore « il est interdit d’interdire ! » .

 

Il y avait eu quelques échauffourées jusque sous nos fenêtres de la rue Thiers où les C.R.S. avaient chargé.

 

Et puis les choses étaient rentrées dans l'ordre, comme s’il ne s’agissait que d’une grève un peu plus importante que les autres qui se serait terminée avec le triomphe du « gros Séguy » sur les « accords de grenelle » et puis, il y a eu cette grande manifestation à Paris en faveur de l’ordre établi. Pas de quoi s’enthousiasmer.

 

Cette année là, il a été décidé que je redoublerais. Alors qu’on avait donné le bac à tout le monde, moi je ne passais pas dans la classe supérieure parce que je n’avais pas eu de bonnes notes au second trimestre et parce qu’il n’y avait pas eu de troisième trimestre pour me rattraper.

 

L’année suivante, j’ai pris conscience du fait que la situation de mes parents pouvait susciter l’envie. Alors que je racontais avec enthousiasme les voyages que j’avais eu la chance de faire très tôt notamment en Amérique, je découvrais l’hostilité d’un professeur d’anglais qui a sévit longtemps au lycée dans cet « apprentissage des langues étrangères » parfaitement calamiteux qui handicape la France durablement.

 

Mon vieux professeur de français de 4eme, que je rencontre parfois lorsque je préside le bureau de vote car il habite mon quartier, avait dit à mon père qui s’inquiétait de mes résultats qu’il ne fallait pas s’étonner si dans les familles riches, il y avait des hauts et des bas.

 

J’ai ressenti une sorte de trahison de la part de ces gens qui ne m’aimaient pas.

 

Personne ne m’avais prévenu que je descendais de la « cuisse de Jupiter » et qu‘il fallait se taire et cacher sa bonne fortune - les enfants des vrais riches le savent.

 

J’étais fier d’appartenir à une famille d’origine modeste qui s’en était sortie, fier de mes parents qui avaient réussi dans la vie, parce qu‘ils avaient fait de bonnes études laïques et gratuites et surtout parce qu‘ils avaient bossé plus que les autres en tout cas, plus qu’eux.

 

Moi je savais que mon père se levait tôt le matin et qu’il était souvent réveillé en pleine nuit pour s’en aller faire des accouchements qui n‘attendaient pas l‘heure de l‘ouverture des bureaux. Il n’avait pas volé la situation qui était la sienne même si elle était « enviable ». Quant à moi, c’est vrai que j’avais de la chance. Fallait il me le faire payer ? Je n’avais que 13 ans !

 

Alors, il a été décidé que je quitterai le lycée pour aller chez les riches, dans une institution religieuse. J’ai eu l’impression de quitter mon univers pour entrer dans l’inconnu.

 

Bien que faisant partie du peuple des baptisés j’avais quelques lacunes en religion. Je ne suis pas confirmé et je n’avais pas fait ma communion. Mes parents n’allaient pas à la messe et la foi de ma mère avait été sérieusement ébranlée par le décès prématuré de son frère quelques années auparavant.

 

Mais, j’ai été agréablement surpris, la religion était présente mais sans excès. S’était développé au sein de l’institution, le concept de « communauté éducative » et les enseignants, de moins en moins religieux, n’étaient pas plus mauvais qu’au lycée. Il y avait moins d’élèves qu’à Corneille et chaque élève avait le sentiment d’être considéré.

 

Mes résultats se sont sensiblement améliorés. J’ai fait une petite crise mystique ce qui m’a permis de faire une communion tardive et monacale puisque c’était à l’occasion d’une retraite au Bec.

 

Très à la page, l’institution organisait des groupes de discussion appelés « cercles de famille ». J’en ai un souvenir ému : les parents catéchistes et les élèves des classes secondaires se réunissaient pour évoquer les grands sujets de société : le divorce, la contraception, la peine de mort, on parlait même de sexualité.

 

Moi, j’étais très au fait de toutes ces questions, avec un père gynécologue, militant du planning familial et une mère sage-femme branchée sexologie, j’étais armé, en théorie tout au moins, pour aborder tous les sujets.

 

Je prenais un malin plaisir à développer une argumentation très libérale, favorable à l’épanouissement de la sexualité, mais les parents d’élève de l’institution voulaient paraître modernes  et personne n‘était vraiment choqué. Quant aux plus traditionnels, dont certains déploraient l’apparition d’une « génération de jouisseurs », ils n’étaient pas les moins hypocrites.

 

Le général est parti cette année là, viré non tant par le peuple que par les petits élus qui ont fait sournoisement campagne pour le non. Ils ne voulaient pas de la réforme du sénat qu‘on dit être leur assemblée mais qui est surtout leur plus chère et secrète ambition.

 

Le monde évoluait, la télévision prenait de la couleur avec une nouvelle chaîne et moi je changeais aussi. Gros petit garçon qui détestait les cours de gym, j’avais beaucoup grandi et j’avais fait l’effort de perdre du poids. J’avais les cheveux mi-longs et un invraisemblable « cache poussière » noir qui était du plus bel effet .

 

J’échangeais des disques avec mes copains et je refusais de danser le rock car c’était terriblement ringard à l’heure de Woodstock. Je trouvais Cloclo mielleux et j’adorais Jimmy Hendrix et Janis Joplin qui venaient de s’éteindre.

 

J'ai analysé "mai 68" comme la manifestation française de ce mouvement de liberté qui secouait la planète en ébullition, avec en vrac : la libération des moeurs, la pilule, la musique pop, les hippys, on a marché sur la Lune etc.

 

Alors que je n’avais rien lu d’autre que « Tintin » et plus tard « Astérix » je me suis trouvé une passion pour une lecture qui ne concernait pas les « classiques » volontairement écartés parce qu’insipides dans la présentation qui en était faite dans le cadre de l’enseignement scolaire du français.

 

Je dévorais la bibliothèque très abondante de mon père ou se côtoyait une collection exceptionnelle de « série noire », presque tout Simenon, des ouvrages historiques, de nombreux ouvrages sur la « révolution sexuelle » dont le célèbre rapport Hide.

 

J’admirais l’invraisemblable capacité de lecture de mon père qui avait dans sa bibliothèque de tout, en passant de Céline à Sartre et beaucoup d’autres auteurs un peu démodés mais encore controversés .

 

Quant à moi, j’étais ébloui par les lumières psychédéliques. Je lisais tout ce qui s’était écrit sur le « phénomène hippy » qui avait secoué San Francisco puis toute l’Amérique à la fin des années 60. J'ai même fait un exposé dans mon institution religieuse sur le thème ultra provocateur : "hippys, drogue et sexe !"

 

Seulement voila, je ne comprenais absolument pas le rapport que nos intellectuels français avaient pu trouver entre "paix, amour et liberté" et la pensée du sinistre Président Mao ! Non décidemment à gauche, çà ne tournait pas rond.

 

 

 

 

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