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Il m'arrive de parler politique ... ce site est donc déconseillé aux mineurs

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1980 - 2000 = jeune avocat

Je me suis immédiatement inscrit à l’Association Internationale des Jeunes Avocats, et alors que j’avais à peine un an de barreau, je participais à un premier congrès international à Philadelphie en 1980.

 Je me souviens de mon arrivée dans l’hôtel du congrès qui était très élégant. Je venais directement de San Francisco par la route et j’était dans un drôle d’état après trois jours et trois nuits de bus, traînant mon vieux sac, celui qui avait fait l’Inde. Je n’étais pas tout à fait dans le ton des jeunes juristes internationaux réunis dans un lieu aussi prestigieux.

 A Rouen, je me suis inscrit à l’Union des Jeunes Avocats, à l’époque assez moribonde et avec une poignée d’amis, nous avons fait de cette association la première force syndicale du barreau.

 Pour y parvenir, j’allais très régulièrement aux réunions de la fédération nationale des unions de jeunes avocats et je faisais en sorte que mes confrères Rouennais soient bien informés de ce qui se passait à Paris devenant ainsi celui par lequel l’information parvenait à la base. Le nombre des adhérents a considérablement augmenté pour atteindre jusqu’au tiers de l’effectif de mon barreau.

 Il est vrai que notre syndicat participait avec vigueur à la controverse permanente qui anime et paralyse la profession. Nous avons du « grain à moudre » mais à force de le moudre, il n‘en reste pas grand chose.

 J’ai participé à l’organisation de nombre de réunions et d’un congrès à Rouen qui resta longtemps dans les mémoires. Il faut dire que nous avions fait très fort, n‘hésitant pas à organiser une soirée de folie dans une usine électrique à l‘état d‘épave.

 Je me suis porté candidat à différentes fonctions syndicales et j’ai ainsi appris la difficulté d’une élection. Il ne suffit ni d’être méritant, ni d’avoir de bonne idées, encore faut il séduire … J’aurais du me rappeler de Chaban-Delmas. Je me suis gravement planté lorsque j‘ai voulu prendre la présidence de ce syndicat.

 Ceux qui avaient subi pareil échec se sont retirés. J’ai persévéré en restant au bureau national et de la place où j’étais, j’ai contribué à la grande réforme de la profession qui aboutit en 1990. A cette occasion, j’ai découvert à quel point il était difficile de faire évoluer les choses.

 Il suffit de prendre l’exemple de la publicité. Il y quelques jours, un nouveau décret est venu améliorer pour les avocats la possibilité de communiquer en direction du public. En effet, contrairement à ce que tout le monde pense, la publicité est permise pour les avocats mais dans certaines limites seulement.

 Chacun s’accordait à ce que rien ne bouge et pour maintenir envers et contre tout l’idée tenace que l’avocat n’a accès à aucune forme de publicité, les uns parce qu’ils redoutaient que seuls les « gros cabinets » puisse faire les frais d’une communication coûteuse et les autres parce qu’il savaient que ce n’était pas si cher que cela et que les « petits cabinets » pourraient bien s’en aller démarcher leurs clients.

 Ainsi, l’expression enflammée de raisonnements parfaitement contraires aboutissait à un immobilisme total.

 Il fallu lutter âprement pour imposer l’idée qu’il fallait laisser une place à l’initiative individuelle et la possibilité à chacun de se faire connaître.

 Je me suis lassé de ces discussions d’interminables bavards et j’ai renoncé non sans quelque déchirement à briguer la présidence de ce syndicat.

 Vint à ce moment, l’opportunité de participer à une association à vocation humanitaire. C’était une initiative conjointe et donc très originale, d’avocats, de magistrats, de greffiers et d’éducateurs.

 L’idée était de venir en aide à des jeunes en difficulté en les faisant participer à des missions humanitaires. Pour être plus clair, il s’agissait de faire participer de jeunes délinquants à des actions logistiques au bénéfice d’associations humanitaires telles que « médecins du monde » ou « pharmaciens sans frontières ».

 Adorant voyager, je n’ai pas hésité une seconde et je participais à une première mission en Arménie à la suite du terrible tremblement de terre.

 J’obtenais mon permis poids lourds à la veille du départ me suis retrouvé au volant d’un vieux camion chargé de lits et de matériel médical obsolète au milieu d’un convoi hétéroclite. Nous avions entassé dans 7 camions outre ce matériel, des éducateurs, des jeunes en difficultés, des toxicomanes en plein sevrage, des adultes en cours de formation sans oublier Henri, le seul vrai routier qui nous a bien aidé pour parvenir au but.

 Henri et moi nous sommes parfaitement entendu ainsi qu’avec le reste de la troupe malgré les tensions qui étaient apparues entre éducateurs et éduqués. Il est vrai qu’Henri et moi n’avons pas eu besoin d’expliquer notre présence dans le cadre d’un travail pédagogique et nous étions très à l’aise puisque nous n’avions pas à nous justifier. Nous étions là parce que nous en avions l’envie, un point c’est tout.

 Sacrée balade, quelque peu aventureuse mais sans réel danger. De l’utilité de cet « exploit » dont la télévision nationale fera état, il ne reste dans ma mémoire que le souvenir des regards échangés avec les sinistrés qui nous ont reçu avec tendresse. Les Arméniens s’étonnaient de notre présence mais se montraient infiniment reconnaissant de l’intérêt que nous leur portions.

Personne ne nous a reproché l’absurdité de nos efforts lorsqu‘il fallut bien constater que ce que nous avions apporté se trouvait sans difficulté sur place et qu’une bonne partie du chargement ne servirait tout simplement à rien.

 J’ai continué à participer à l’action de cette association. Je me souviens d’un soir de noël passé à charger un camion délabré pour une action hypothétique en faveur de la Roumanie à peine libérée. Je suis allé livrer des médicaments en Silésie polonaise en plein hiver ce qui m’a donné l’occasion de visiter Auschwitz et d’avoir la confirmation de ce que je savais déjà : l’horreur fascine.

 Un jour, il fallut bien faire les comptes. Les impératifs logistiques de type « l’urgence n’attend pas » avaient conduit à une quasi faillite. Ce jour là, je me suis senti bien seul lorsqu’il n’y avait plus rien d’autre à faire que de liquider le matériel et d’obtenir d’organismes récalcitrants le paiement des subventions alloués mais non « mandatées », c’est-à-dire non versées. Ce fut la fin de mon aventure humanitaire.

 Alors je suis revenu à mes premières amours et j’ai réinvesti l’association internationale des jeunes avocats. Il faut dire que chez les avocats, on reste jeune jusqu’à 45 ans. J’ai de nouveau participé à l’organisation d’un congrès qui n’a pu malheureusement se tenir à Rouen mais qui a pu avoir lieu en France, grâce à l’intelligence et à la générosités des bâtonniers … d’Auvergne.

 Je suis ensuite devenu président de commission, supervisant l‘organisation des congrès de l‘association à travers le monde. Je voyageais beaucoup, par goût d’abord, et pour mon métier surtout.

 Grâce à mes relations internationales, une clientèle intéressante s’est développée, venue pour une bonne partie de l’étranger.

 Administrateur de l’un des tout premiers groupements européens d’avocats, j‘ai appris la difficulté à « faire l‘Europe ». Avec quelques amis nous avions créé cette structure sous la forme d’un groupement d’intérêt économique. Elle réunissait une trentaine de cabinets de taille moyenne venant des principaux pays européens avec l‘objectif de développer un travail en commun.

 Sans doute trop ambitieux dans notre soucis d‘intégration, nous avons été amenés à constater que s’il était bien agréable de se retrouver régulièrement ici ou là en Europe, tous ces efforts n’étaient tout simplement pas récompensés en terme de chiffre d‘affaire. Il aurait fallu être beaucoup plus nombreux pour que se développe un véritable réseau susceptible de générer par sa simple existence un volume d’affaires et donc un gain significatif pour chacun d‘entre nous.

 Alors, des dissensions ont commencé à se faire jour. Les avocats savent se montrer redoutables lorsqu’il s’agit d’argumenter et je n’étais pas en reste. Mais au-delà de ce travers essentiel, c’est la fracture européenne qui est apparue lors de l‘explosion du groupement qui caricaturait une Europe impossible.

 Dans deux pièces distinctes, ne voulant plus s’adresser la parole, il y avait d’un coté les latins, de l’autre les germains avec répartis d’un coté ou de l’autre, des belges qui n’avaient jamais cessé de régler leurs propres comptes. Quand aux anglais, ils voulaient simplement récupérer leur argent et s’allièrent avec ceux qui présentaient la meilleure perspective en terme de chiffre d’affaire.

 Terrible constat qui m’a semblé démontrer le fait que l’idée d’une « nation européenne » qui s’était esquissée sur les ruines de la barbarie patriotique, serait avec le temps qui passe, de plus en plus difficile à mettre en œuvre.

 N’étant plus en age de participer à une association de jeunes fut elle internationale, ayant renoncé à participer à l’une ou l’autre des avatars de mon groupement européen, j’ai eu l’idée et j’ai proposé la fondation de l’association nationale des avocats spécialistes en droit économique.

 Il s’agissait d’achever l’action engagée lors de la réforme de la profession qui avait permis la création de la notion d’ « avocats spécialistes ». Il me semblait que les instances de la profession en désaccord comme à l’habitude sur la manière de procéder, avaient enterrées sans ménagement cet aspect pourtant novateur de la réforme.

 J’ai donc diffusé auprès de spécialistes en droit économique dont j’ai l’avantage de faire partie, un « appel à manifestation d’intérêt » qui a obtenu un succès tout à fait considérable de telle sorte que j’ai réuni toutes les personnes intéressées et que nous avons fondé ensemble le « collège de droit économique » bébé dont je suis assez fier.

 Le « collège » a organisé une quinzaine de session de formation continue sur tous les sujets intéressant la spécialité. C’était passionnant et d’ailleurs ça l’est toujours.

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